théolarge .fr
Accueil > Théologie spirituelle > Le noir n’est pas la couleur de (...)
Dialogue interreligieux et missiologie • Philosophie antique et médiévale • Théologie morale • Arts, littérature et cinéma • Ecclésiologie • Théologie spirituelle • Sacramentaire • Théologie fondamentale • Patristique • Théologie trinitaire • TOUTES LES RUBRIQUES
Le noir n’est pas la couleur de Dieu
7 octobre 2008|
Ce texte est celui de l’homélie prononcée par sr Véronique Margron, doyen de la Faculté de théologie de l’UCO, à l’occasion de la messe de la Journée de rentrée du 22 septembre 2008.

Évangile du jour :
Mt 8, v. 16-18. Or personne, après avoir allumé une lampe, ne la couvre d’un vase, ni ne la met sous un lit ; mais il la place sur un pied de lampe, afin que ceux qui entrent voient la lumière. Car il n’y a rien de secret qui ne deviendra manifeste, ni rien de caché qui ne se connaîtra et ne vienne en évidence. Prenez donc garde comment vous entendez ; car à quiconque a, il sera donné, et à quiconque n’a pas, cela même qu’il paraît avoir sera ôté.
Parole de convocation pour cette rentrée. Parole de promesse aussi.
Car c’est de la Parole dont il est question. Celle qui nourrit notre vie, et à travers nous, la vie de celles et ceux dont nous nous faisons les proches. Ces lignes concluent la parabole sur la semence et la terre qui l’accueille. La théologie est tout entière tournée vers la Parole. Elle y trouve sa source, sa raison d’être, sa critique, sa finalité même. La théologie, en toutes ses dimensions, est là pour laisser passer un autre qu’elle, le Christ en son verbe, pour s’effacer une fois accompli son travail de passeur. Faire de la théologie est un acte de la vie chrétienne, une responsabilité, un engagement comme celui qui nous requiert auprès des plus fragiles. Un acte qui demande que nous soyons des auteurs de notre existence, de notre intelligence croyante. Les fortifier, les ouvrir dans la passion du débat avec les maîtres, les pairs, les critiques.
Oui c’est bien de chercher Dieu dont il est question, comme l’a si souvent demandé le pape Benoît XVI. Le chercher, manière de dire que notre quête est sensée, aujourd’hui comme hier. Temps ni plus noirs ou difficiles qu’autrefois, où le tournis guête tout pareil et où le nord – ou l’Orient – est si vite perdu. Temps simplement où Dieu attend notre présence agissante, priante, perspicace.
Un acte de l’intelligence qui engage à une manière d’aimer et d’espérer.
Oui « rien de secret qui ne devienne manifeste. » La quête de Dieu transpire de toute l’existence. Elle en appelle à toutes les explorations. Exégèse, christologie, histoire, mystique, philosophie, éthique… Une exploration qui a une bizarrerie en quelque sorte : Le pays désiré, ardemment recherché vient lui-même à notre rencontre car le Christ s’avance. Oser alors approcher du secret du monde, là où bat son cœur. Comment parler de lui avec justesse ? comment l’aimer ? comment le servir ? Car, oui, le secret ne peut être tu, celui de l’amour de Dieu pour ce monde. En même temps il réclame tant de finesse pour être dévoilé et transmis. Tant d’infini respect.
La lumière est celle du Verbe fait chair, de la parole qui prit corps. Humble fils de l’homme.
Cherchons-le avec liberté comme avec passion, cherchons-le de toute notre raison comme de toute notre âme. Ne le cherchons pas les uns sans les autres. Les mystères du royaume sont venus jusqu’à nous par la foule des témoins depuis ceux qui suivirent Jésus sur des chemins pierreux de Judée et de Galilée.
Nous n’avons pas le droit de garder secret ce qui nous a été offert.
Permettez-moi de vous livrer ce qui est pour moi un secret de Dieu que j’aime à partager, à donner à penser, à croire peut-être.
Nos vies se débattent souvent avec ce qu’elles pensent possible.
Serai-je capable de prendre telle décision, de poursuivre mes études jusqu’au bout, de vivre un amour jusqu’à la fin de mes jours ? De me relever d’une difficulté…
Aux heures d’insouciance et de réussite tout apparaît possible et nous nous sommes peut-être imaginé que le toit du monde était à notre portée. Rien ne pouvait nous résister. Mais arrivent des temps douloureux, tumultueux où les possibles se restreignent. L’horizon est voilé, le ciel est noir et bas, il fait froid. Plus grand-chose alors ne paraît possible ; tant il est difficile de simplement tenir dans la tempête. Nos pieds, nos cœurs, nos intelligences, nous paraissent glacés.
Nombreux alors sont ceux qui nous vendent un impossible à portée de main. Tout ira mieux demain avec telle technique, thérapie, achat. Les maîtres de mirage sont légion. Nombreux sont ceux qui en désespèrent plus encore, ayant alors tout perdu.
L’Écriture nous apprend un autre impossible. Celui qui est dans la main de Dieu. Il en est le Seigneur. Non d’abord parce qu’il sait faire des miracles, relever Lazare de la mort. L’impossible, c’est Dieu qui prend chair, de l’enfant nouveau-né à celui qui, descendu de la Croix, va rejoindre les hommes sans espérance qui séjournaient dans les enfers de la terre. L’impossible, c’est de les faire remonter avec lui au matin lumineux de Pâques.
Le secret alors qu’il faut dévoiler, qui peut illuminer une existence, c’est que faisant notre possible d’hommes et de femmes, nous sommes assurés que Dieu lui peut accomplir l’impossible en nous. Non par une mutation magique, mais en habitant le plus sombre de nos vies. Il peut alors, avec nous, briser la fatalité de l’histoire, rouvrir l’espérance, redonner la force et le goût de vivre. Pouvoir nous aimer, croire que nos vies ont toujours un avenir. L’impossible que Dieu accomplit s’offre à nos possibles humains, pour les emmener un peu ailleurs, là peut-être où il fait plus clair pour vivre.
Voilà la lampe qui doit éclairer et réchauffer. Le noir n’est pas la couleur de Dieu.
« Ignorer l’Écriture, c’est ignorer le Christ », proclamait saint Jérôme. Heureux les croyants qui depuis plus de vingt siècles n’ont pas vu Jésus et qui, pourtant, fondent leur vie sur cette Parole.
Je suis sûre qu’ils font partie des « hommes droits qui sont parmi les intimes de Dieu ».
Je n’ai pas de meilleur souhait pour cette rentrée, pour chacun comme pour notre école de la Parole qu’est une école de Théologie.
Comment décrire l’inimaginable ?
Vivre « un esprit d’ouverture et de dialogue, (...)
Recension de "Fragiles existences" de V. (...)
Le concile Vatican II et la théologie morale : (...)
Leçon inaugurale du fr. Timothy Radcliffe pour (...)