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facile Le Traité des sacrements de Jean-Philippe Revel

12 juillet 2007| Louis-Michel Renier

Celui qui lira cette somme sur la confirmation aura sans doute peut-être déjà parcouru ou travaillé les deux volumes qui le précédaient et qui appartiennent à l’œuvre que Jean Philippe REVEL consacre aux sacrements sous le titre général de Traité des sacrements. Ces deux premiers livres touchent au baptême, l’un à son origine et à sa signification, l’autre au don et à la réception de la grâce baptismale. L’auteur en profite d’ailleurs pour présenter ses options sacramentelles, en faisant du baptême le prototype des sacrements en général. Normalement devraient suivre deux autres volumes, le 4e autour de l’eucharistie et de l’ordre, le dernier devant rassembler la réconciliation, l’onction des malades, le mariage et les divers sacramentaux.

En fait, un peu à la manière d’Adolphe GESCHÉ en Belgique, (mais avec des positions théologiques fort différentes, même si elles ne touchaient pas les mêmes sujets), Jean Philippe REVEL, dominicain de la province de Toulouse, âgé de 76 ans, confie à la collection « Théologies » des éditions du Cerf le fruit de sa recherche et de son enseignement successivement assurés au studium des dominicains de Toulouse, à l’école de la foi de Fribourg et aujourd’hui encore au séminaire d’Aix en Provence.

Nous avons ici sans doute l’une des études les plus fouillées, les plus complètes et les plus rigoureuses sur le sujet. Il suffit de regarder la bibliographie sélectionnée et raisonnée pour s’en rendre compte, même si, spécialement en ce qui concerne les ouvrages plus liés à la théologie pratique, les auteurs retenus sont situés davantage autour des années 1960-1970 plutôt que proches de ces dernières décennies. Ainsi, aucune mention du débat entre Paul DE CLERCK et Henri BOURGEOIS sur l’ordre des sacrements de baptême et de confirmation ( Cf. La Maison Dieu N°147, 1997), ou encore H. BOURGEOIS, Intelligence et passion de la foi, D.D.B., 2000). Mais le choix de l’auteur de s’appuyer sur la tradition thomiste peut expliquer sa prise de distance avec d’autres traditions plus contemporaines, liées pour la plupart à une prise en compte plus affirmée des sciences humaines.

Pour autant, tout lecteur pourra trouver dans les presque 800 pages de quoi nourrir et ses questions et les réponses qu’il attend. Il en comprendra tout l’intérêt dans l’introduction qui pose le problème, il faudrait dire, les problèmes, tant les difficultés mises en lumière sont plurielles ; et cela en quelques 100 pages, difficultés d’ordre pastoral concernant et l’âge au fil des siècles et les modes de célébration, difficultés d’ordre théologique dans la complexité des rapports entre le baptême et la confirmation quant au don de l’Esprit saint, difficultés enfin d’ordre liturgique dans la détermination par exemple du rite décisif pour le sacrement entre l’imposition des mains et l’onction du saint Chrême. Suivent alors quelques 400 pages d’histoire qui vont gratter tous les témoignages des divers siècles tant en Occident qu’en Orient, véritable mine mettant en lumière la complexité des différentes traditions. Enfin, suivent quelques éléments d’une théologie de la confirmation, sans doute la partie avec laquelle le lecteur pourra le plus confronter ses propres convictions et interroger l’auteur, tant au niveau du rite et donc d’une compréhension des deux signes de l’onction et de l’imposition des mains, qu’au niveau des questions du double don de l’Esprit au baptême et à la confirmation et de la nature du caractère de la confirmation, soit spécifiquement nouvelle soit perfectionnant le caractère du baptême. On saura gré à l’auteur d’avoir trituré dans tous les sens les éléments d’interrogation qui ont parcouru les siècles et les éléments de solution qui restent en définitive toujours ouverts.

L’auteur termine son ouvrage par les problèmes pastoraux évoqués dans l’introduction, spécialement celui concernant l’âge de la confirmation. À ce sujet, il propose les diverses solutions possibles, soit le retour à la pratique ancienne, c’est à dire le sacrement juste après le baptême et avant l’eucharistie, soit à l’âge de raison comme en Occident depuis le Moyen Âge, soit, comme en France dans une articulation avec la communion solennelle, devenue depuis quelques années profession de foi. Pour chacune de ces solutions, l’auteur fait se succéder les arguments pertinents et les limites. Puis, il propose sa propre solution, prônant plutôt la confirmation au seuil de l’âge adulte, en légitimant, à mon avis trop facilement, que ce choix ne contrevient pas à l’ordre traditionnel des sacrements. Il est intéressant de remarquer à ce sujet, que malgré la précision et la pertinence de ses analyses historiques et théologiques, l’auteur en arrive à proposer une solution que l’on peut contester au nom même des arguments pourtant revendiqués… Par exemple, l’auteur de cette recension ne verrait pas d’un mauvais œil de redistribuer l’âge de la confirmation plutôt que de le déterminer à un moment précis de l’existence. Pourquoi par exemple, pour un enfant qui, après son baptême vit l’éveil de la foi, participe hebdomadairement à l’assemblée dominicale, suit la formation catéchétique, ne pas lui proposer la confirmation en même temps qu’il communie pour la première fois ? Et pourquoi, pour un enfant qui, non catéchisé, demande à être eucharistié, ne pas attendre qu’il soit initié pour lui proposer en même temps la confirmation et l’eucharistie.

La confirmation fut un problème tout au long des siècles, ce qui signifie qu’il n’y a pas de solutions toutes faites. Il est sans doute important de prendre la mesure des changements culturels et sociaux pour envisager des mesures pastorales qui soient en lien avec la diversité des situations. Les apports historiques et théologiques de Jean Philippe REVEL devraient pouvoir nous y aider.

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