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Recension du livre de A. Gagné et J.-F. Racine éd.

30 juin 2012| Jean Riaud

En marge du canon. Études sur les écrits apocryphe juifs et chrétiens, L’écriture de la Bible 2, Paris, Éditions du Cerf, 2012. 289 p. 26 €.

Les contributions rassemblées dans ce volume proviennent du 65e congrès annuel de l’ « Association catholique des études bibliques au Canada » (ACÉBAC), qui s’est tenu en mai 2008 à Châteauguay, Québec. Les œuvres explorées dans cet ouvrage font partie de ce que Jean-Claude Picard appelait le « continent apocryphe ». Ce volume ne propose pas une visite approfondie de tout ce continent, mais des excursions dans quelques-unes de ses régions.

Deux essais portent sur l’ensemble des apocryphes. Jean-François Racine (« Écrits canoniques et écrits apocryphes : un couple bien assorti ») traite de la relation des apocryphes chrétiens avec les écrits canoniques. Après un tour d’horizon du canon des Écritures chrétiennes du point de vue de sa terminologie et de son développement, il examine ce qu’on entend par apocryphes chrétiens, et suggère une façon d’envisager la relation entre écrits canoniques et apocryphes. Pour décrire cette relation entre écrits canoniques et apocryphes, il propose d’utiliser l’image d’un couple bien assorti, tel que présenté dans les récits de création de l’homme et de la femme en Gn 2, 7. 21-23 et Gn 1, 27.

Paul-Hubert Poirier (« Vers une redéfinition du champ apocryphe. Aperçu de la recherche récente consacrée aux apocryphes chrétiens ») précise la délimitation du champ apocryphe, question âprement débattue ces dernières années. Il examine la situation jusqu’à la fin des années 1970, le changement de paradigme survenu au cours des années 1980 et les discussions qui s’en sont suivies. Le mouvement de remise en question des définitions classiques des apocryphes a eu l’immense avantage de libérer ceux-ci de leur position de Nouveau Testament de rechange ou de faux Nouveau Testament qui a été longtemps la leur.

Pour Jean-Paul Michaud (« Jésus de l’histoire et écrits apocryphes chrétiens »), il importe de savoir si les apocryphes chrétiens peuvent nous éclairer dans la quête du Jésus de l’histoire. Pour ce faire, il examine cinq des principaux documents constamment invoqués ou exploités dans la recherche actuelle : l’Évangile selon Thomas, le papyrus Egerton 2, l’Évangile de Pierre, l’Évangile secret de Marc, et, bien que ne figurant pas expressément dans la liste de apocryphes, la source cachée de Mt et de Lc, la source Q. Tous ces documents sont présentés en tenant compte de l’importante littérature qui leur a été consacrée. Au terme de cet examen, J.-P. Michaud conclut que les évangiles apocryphes n’ajoutent guère de traits nouveaux à la figure de Jésus. Le chemin qui mène au Jésus de l’histoire doit toujours passer par les évangiles canoniques en raison de leurs qualités documentaires.

Dans le « continent apocryphe », Marie-Françoise Baslez (Mémoire et histoire des persécutions dans la littérature juive et chrétienne », isole un genre littéraire à caractère et à visée historiographique. Elle montre comment des textes comme Les Vies des prophètes et Le quatrième livre des Maccabées invitent au pèlerinage. Elle suggère que les Actes apocryphes des Apôtres, Actes de Paul, Actes de Jean, Actes de Pierre avaient une fonction similaire.

Pierre Cardinal (« Le cours du temps selon l’Apocalypse de Daniel ») s’intéresse à l’Apocalypse syriaque de Daniel qui se distingue des autres apocalypses par le long récit de visions qu’elle contient. L’analyse littéraire très fine qu’il en fait décèle la structure globale du récit de révélation de Daniel, qui représente une partie de l’Apocalypse. Ceci lui permet de mieux comprendre le rôle de certains passages et de montrer que le contenu du récit de visions présente une quantité de motifs apocalyptiques qui se succèdent dans une description ininterrompue des tribulations de la fin.

Jean-Michel Roessli (« Les récits de la Passion dans les Oracles sibyllins ») présente la façon dont le récit de la Passion de Jésus est relaté dans le corpus des Oracles sibyllins (Livres 1, 6 et 8). Le premier livre, ouvrage de 400 hexamètres grecs, dont une grande partie, les vers 1 à 323, est probablement l’œuvre d’un auteur juif du IIe ou du IIIe siècle de notre ère, remaniée ensuite par un chrétien, qui a complété le tableau initial par une longue évocation de Jésus et de son ministère terrestre. Dans cette section du premier livre (vv. 323-400), la Sibylle annonce non seulement la venue du Christ, sa Passion et sa résurrection, mais elle prédit aussi l’évangile et la fin des prophètes (vv. 382 et 386). Pour forger cette fiction divinatoire, la Sibylle recourt aux prophètes, aux évangiles canoniques et aux traditions apocryphes marginales.

Serge Cazelais (L’Évangile de Juda cinq ans après sa (re)découverte »), après avoir situé l’ÉvJudas et donné un aperçu de son contenu, examine trois extraits significatifs du texte et montre comment l’apport de nouveaux fragments a amélioré notre compréhension de ce texte par rapport à ses premières publications. Il explore ensuite quelques rapports qu’entretient l’ÉvJudas avec les évangiles canoniques et les Actes des Apôtres, et qui est, selon lui, un midrash chrétien.

André Gagné (« Lire un apocryphe en synchronie. Analyse structurelle et intertextuelle du logion 22 de l’Évangile selon Thomas ») présente une analyse philologique et structurelle du logion 22. Il met en valeur ensuite un réseau de significations existant parmi certains logia de l’Évangile selon Thomas et voit dans la référence aux « petits qui tètent » une image du rapport fusionnel entre le maître et le disciple, comme l’incite à penser la comparaison avec d’autres textes (ÉvTh 13, 28, 108). En terminant, il insiste sur le fait que la recherche sur cet évangile doit se tourner sur le côté de l’interprétation de la collection de paroles comme un tout.

Pierluigi Piovanelli (« L’Enoch Seminar. Quelques considérations rétrospectives et prospectives de la part d’un “vétéran” ») commence par présenter un bilan et des prospectives concernant l’étude d’un groupe d’écrits apocryphes, soit le corpus hénochien. Il décrit le travail accompli par le « Enoch seminar ». Son tour d’horizon porte d’abord sur quelques précisions philologiques ; après quoi, il traite des débuts de la littérature hénochique et du vrai/faux débat des origines de l’apocalyptique. En finale, il propose un examen des rapports entre le mouvement hénochique et la communauté de Qumrân. Cet examen aide à comprendre l’absence du Livre des paraboles des rayonnages des bibliothèques sectaires, et conduit à une réévaluation de ce livre, réévaluation capitale pour l’étude de la question de l’emploi de l’expression « le Fils de l’homme » dans les écrits du Nouveau Testament.

Nous recommandons ces neufs excursions sur le « continent apocryphe ». Qui acceptera de les faire ne sera pas déçu.

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