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facile Questions autour de la finance

À propos d’une note du Conseil Pontifical « Justice et Paix »

7 novembre 2011| Armand Guézingar

Dans un de ses ouvrages sur l’enseignement social de l’Église catholique, le P. Jean Yves Calvez, sj, avait déploré son manque d’approfondissement dans le domaine de la finance [1]. L’actualité y contribuant, il semble que le retard est en passe d’être comblé. Après l’encyclique de Benoît XVI, Caritas in veritate (juin 2009), le Conseil pontifical Justice et Paix vient de publier, le lundi 24 octobre 2011, une note intéressante pour une réforme du système financier et monétaire international qui prend position fermement sur les principes tout en faisant un certain nombre de propositions concrètes. Selon les termes du Conseil lui-même, cette note constitue une réflexion qui « veut être une contribution offerte aux responsables de la terre et à tous les hommes de bonne volonté ; un geste de responsabilité non seulement envers les générations actuelles, mais surtout envers celles futures ; afin que ne se perdent jamais l’espérance d’un avenir meilleur et la confiance dans la dignité et la capacité de bien de la personne humaine. »

 Inégalités et néo-libéralisme.

Le document commence par établir un état de la situation en mettant en particulier en évidence deux graves distorsions : l’accroissement des inégalités et les limites du tout libéral. L’accroissement des inégalités se vérifie tant au sein de chacun des pays qu’entre les pays eux mêmes. « Tandis que certains pays et certaines zones économiques – les plus industrialisés et développés – ont vu s’accroître considérablement la production de revenu, d’autres ont en effet été exclus du processus d’amélioration généralisé de l’économie et ont même vu leur situation empirer. »

Le texte met alors directement en cause le « libéralisme économique sans règles ni contrôles ». Une « idéologie économique » qui « risque de devenir un instrument subordonné aux intérêts des pays qui jouissent d’une position avantageuse au plan économique et financier », surtout lorsqu’elle est couplée avec « l’idéologie utilitariste ». Dans la ligne de Caritas in veritate, interroge également la « technocratie » : cette « nouvelle idéologie » laisse penser que les problèmes économiques ne sont que des « questions techniques » que l’on peut gérer avec des « variables ». Au contraire, l’Église entend promouvoir une « éthique de la solidarité en abandonnant toute forme d’égoïsme mesquin ».

 Le défi éthique.

Dans son encyclique sociale, Benoît XVI avait déjà traité de cette question. Pour bien fonctionner l’économie a besoin de l’éthique, « non pas d’une éthique quelconque, mais d’une éthique amie de la personne [2] ». La note reprend la même approche. « La crise a révélée des attitudes d’égoïsme, de cupidité collective et d’accaparement des biens sur une vaste échelle ». En reconnaissant la primauté de l’être sur l’avoir, et de l’éthique sur l’économie, on devrait bâtir, une véritable éthique de la solidarité sur fond d’un bien commun mondial. Il s’agit fondamentalement de retrouver le primat du spirituel et de l’éthique et, avec eux, celui de la politique, responsable du bien commun.

 Une proposition ambitieuse : l’instauration d’une autorité internationale de régulation de la finance.

Sur ce point, le Conseil Justice et Paix reprend une des idées institutionnelles évoquées dans la plupart des encycliques sociales depuis Pacem in terris de Jean XXIII [3].

La mondialisation rend inévitable une autorité politique. Le Conseil pontifical Justice et Paix prône la création d’une « Autorité politique mondiale » et d’une « Banque centrale mondiale » afin de restaurer ce « bien public universel » qu’est la stabilité du système monétaire mondiale. Ces instances pourraient contribuer à « créer les conditions indispensables à l’exercice de marchés efficaces, favorisant une solidarité fiscale globale pour une distribution équitable de la richesse mondiale ».

La tâche est loin d’être facile, sinon, ce serait fait depuis longtemps. La Note n’ignore pas la difficulté. Il s’agit d’un processus complexe et délicat. Une telle autorité supranationale doit en effet être structurée de façon réaliste et mise en œuvre progressivement ; elle a pour but de favoriser l’existence de systèmes monétaires et financiers efficients et efficaces, c’est-à-dire de marchés libres et stables, disciplinés par un ordonnancement juridique approprié, fonctionnels au développement durable et au progrès social de tous, et s’inspirant des valeurs de la charité et de la vérité.

 Trois autres propositions concrètes.

On notera surtout trois propositions plus concrètes. Tout d’abord, il est suggéré d’instituer une taxation des transactions financières (sur le modèle de ce que l’on nomme couramment taxe Tobin), en notant que 70 % des transactions sur les marchés financiers sont réalisés par des automates électroniques sans aucune intervention humaine. Les volumes brassés sur ces marchés atteignent des montants colossaux. Une telle taxation pourrait apporter un soutien financier aux économies des pays touchés par la crise, ainsi que la restauration de leur système monétaire et financier.

Ensuite, la Note propose de soumettre la recapitalisation de banques à la condition que les bénéficiaires des fonds publics adoptent des « comportements vertueux » et orientés vers le financement de l’économie réelle.

Enfin, la Note propose de réfléchir à la séparation des activités d’investissement et de crédit. La distinction est assez ignorée en France mais elle a structuré la vie bancaire pendant près d’un demi-siècle aux États-Unis (Glass-Steagall Act de 1933 abrogé en 1999 après avoir été allègrement contourné par la pratique).

Le texte du Conseil Pontifical Justice et Paix ne manque pas de pertinence en particulier dans sa manière de chercher à concrétiser une pensée sociale. Il n’ignore pas les obstacles qui se dressent pour empêcher la mise en œuvre concrète de ces idées. On n’est pas dans l’ordre de la solution miracle. L’enjeu demeure cependant crucial, « c’est le bien commun et l’avenir même de l’humanité qui est en jeu ».

[1] Les silences de la doctrine sociale catholique, Paris, 1999.

[2] Caritas in veritate, n° 45.

[3] Pacem in terris, n° 137

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