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Une initiation à la philosophie de l’antiquité tardive. Les leçons du pseudo-Elias.
9 septembre 2010|
Recension de : Une initiation à la philosophie de l’antiquité tardive. Les leçons du pseudo-Élias, traduction, introduction, notes par Pascal Mueller-Jourdan, Pensée antique et médiévale, Textes, Vestigia 34, Cerf et Academic Press, Fribourg, 2007, 143 pages.
Texte paru dans la Revue thomiste, 109 (2009), p. 497-498

La lecture de certains ouvrages de philosophie ressemble parfois à une randonnée en haute montagne, l’on y part à la conquête d’un sommet, progressant avec ferveur, déjà haletant de l’exaltation qui résultera de la saisie des réalités d’en haut. La pure jouissance de ces moments rares fait parfois oublier, voire mépriser avec aveuglement, les heures d’entrainement, l’approche lente et méticuleuse, l’installation du camp de base et l’inventaire de tout le matériel qui évitera de dévisser ou de devoir renoncer.
C’est à ce premier travail que la traduction de Pascal Mueller-Jourdan nous invite : découvrir le lent travail d’une initiation à la philosophie et à l’Isagogè de Porphyre par un auteur de la première moitié du VIIe siècle. Les 19 praxeis qui nous sont proposées, reportatio incomplète (nous commençons à la praxis 8) de l’enseignement de celui que le titre appelle le pseudo-Élias mais que notre introducteur avec précaution associe à celui d’Étienne d’Alexandrie (XXV), présentent tout d’abord une initiation essentiellement consacrée à une étude patiente et détaillée des six définitions possibles de la philosophie (praxeis 8 à 22) : connaissance des êtres en tant qu’être, connaissance des choses divines et humaines, préparation à la mort, ressemblance à Dieu dans la mesure du possible pour l’homme, art des arts et science des sciences, amour de la sagesse. Elle est suivie de prolégomènes à l’Isagogè de Porphyre (praxeis 23-27), qui traitent les huit questions traditionnelles structurant toute introduction correcte : but, utilité, titre, authenticité, ordre des lectures, division du livre, référence, mode d’enseignement ; auxquelles une neuvième, consacrée au style, vient s’ajouter.
Traduite de manière à être toujours agréable à lire, accompagnée de notes succinctes en facilitant la lecture, le contenu de cette traduction est intéressant pour au moins quatre raisons.
Premièrement, dans la digression consacrée à la division (praxis 20), l’auteur propose deux différences supplémentaires par rapport aux six que, pour la tradition latine, Boèce offrait dans son De divisione (éd. J. Magee, Brill, 1998, p. 6, 15-25 et p.67-69 pour le commentaire). L’une, (à la façon d’une espèce divisée en individu) sera récusée comme illégitime, l’autre (à la façon de ce qui provient d’un terme unique et s’y rapporte) dont le traducteur signale la provenance aristotélicienne (Métaphysique 1003 a 33), est la seule qui soit retenue pour justifier l’articulation des différentes parties de la philosophie (p. 85). C’est là un élément particulièrement intéressant pour une harmonisation néoplatonicienne de Platon et Aristote.
Deuxièmement, lors de la présentation du but de l’Isagogè (parxis 25) l’auteur fait une distinction entre le propre et le propre essentiel (p. 111), différence qu’il atténue en la rangeant sous un terme unique. Cette distinction est elle aussi intéressante car elle marque de manière nette le compromis issu de Porphyre, et ici reçu par la tradition scolaire, entre les catégories aristotéliciennes et stoïciennes (voir par exemple le commentaire des Traités théologiques de Marius Victorinus par P. Hadot, S.C. 69, p. 766-767), d’autant plus que l’auteur de la reportatio (praxis 27, p. 118) semble accorder à Porphyre un double héritage : « Porphyre le Phénicien et le Stoïcien ».
La troisième remarque vient juste regretter l’absence d’une note à propos de la mention relative au crocodile qui « meut la mâchoire supérieure » (praxis 26, p. 115). Sur l’origine de cette erreur d’observation que l’on trouve déjà antérieurement chez Augustin en Soliloquia II, 8, 15, il est possible de se tourner vers Hérodote 2, 68, Aristote signale le même fait en Hist. An. 1, 11, 492b 23 ; 3, 7, 516b 25 et Part. an. 2, 17, 660b 25 ; 4, 11, 691b 5. Elle se rencontre aussi chez Némésius, De natura hominis, 2, 33, P. G. 70 col. 548.
Enfin la quatrième remarque voudrait dire à nouveau l’importance de traductions offrant des textes d’introduction ou d’initiation qui peuvent toujours mieux permettre de situer l’état réel de l’histoire de la philosophie en évitant de la limiter aux hauts sommets de la spéculation. Il serait d’ailleurs fécond que les introductions latines comme celle éditées par G. Dahan pour le XIIe (AHDLMA, 1982, p. 155-193) ou encore celles qui le furent pour le XIIIe, par les soins de G. Lafleur et Joanne Carrier (AHDLMA 1994, p. 149-226 ; 1995 p. 359-442, ou encore Quatre introductions à la philosophie au XIIIè siècle, Montréal-Paris, 1988) puissent aussi être offertes à l’attention d’un plus vaste public.
Merci à Pascal Mueller-Jourdan d’avoir ainsi élargi et affermi notre vision de l’exercice philosophique de l’antiquité tardive.
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