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facile Caritas in veritate, encyclique sociale de Benoît XVI du 7 juillet 2009

12 août 2009| Armand Guézingar

Présentation détaillée des six chapitres de la récente encyclique sociale de Benoît XVI, Caritas in veritate (L’amour dans la vérité).

Dans Caritas in veritate (L’amour dans la vérité), la première encyclique sociale du XXIe siècle, le pape Benoît XVI confronte l’enseignement social catholique à un vaste horizon de problèmes contemporains tels que la dégradation de l’environnement, l’émigration de masse, la question d’une autorité politique internationale, les différents désordres tant dans le marché mondial que dans le monde du travail, etc.

L’encyclique est divisée en six chapitres. Mais au préalable, en introduction, Benoît XVI donne l’une des clés majeures de son encyclique : « L’amour dans la vérité est la force dynamique essentielle du vrai développement de chaque personne et de l’humanité entière. (n°1) » Il s’agit bien d’un appel à retrouver le sens profond de l’agir humain, d’une part à travers l’amour authentique de Dieu (qui est Vérité) et d’autre part, à travers l’amour des autres hommes. Et il ajoute que « la vérité doit être cherchée, découverte et exprimée dans “l’économie”, mais l’amour à son tour doit être compris, vérifié et pratiqué à la lumière de la vérité. » (n° 2) C’est muni de cette boussole qu’il faut s’engager pour bâtir un vrai développement (intégral et durable) dans le cadre de la mondialisation. Cependant, deux autres critères d’orientation de l’action morale sont alors requis, la justice et le bien commun, sachant que c’est bien « une exigence de la justice et de la charité que de vouloir le bien commun et de le rechercher » (n° 7).

Le premier chapitre est un hommage à Paul VI et son encyclique Populorum progressio (Sur le développement des peuples) : « Plus de quarante ans après la publication de cette encyclique, je désire honorer la mémoire de Paul VI, et rendre hommage à ce grand pontife, en reprenant ses enseignements sur le développement humain intégral et en me plaçant sur la voie qu’ils ont tracée, afin de les actualiser aujourd’hui. » (n° 8) Populorum progressio avait mis l’accent sur le caractère central du développement humain intégral (« le développement de tout homme et de tous les hommes »), un concept plus large que celui spécifiquement économique énoncé dans la première encyclique sociale de Léon XIII, Rerum novarum.

Au deuxième chapitre, le pape aborde la question du développement humain aujourd’hui. Le cadre de ce développement est aujourd’hui « multipolaire » : « Les acteurs et les causes du sous-développement comme du développement sont multiples, les erreurs et les mérites aussi. » (n° 22) Benoît XVI énumère alors les nombreux dysfonctionnements : accroissement des inégalités, pauvreté endémique, corruption, non-respect des droits des travailleurs, scandale de la faim, érosion progressive du « capital social », etc. Face à tout cela, le pape revient à un thème qui lui est cher, celui de la raison. « Il s’agit d’élargir la raison et de la rendre capable de comprendre et d’orienter ces nouvelles dynamiques de grande ampleur, en les animant dans la perspective de cette “civilisation de l’amour” dont Dieu a semé le germe dans chaque peuple et dans chaque culture. » (n° 33)

Le troisième chapitre s’intitule : « Fraternité, développement économique et société civile. » Benoît XVI explore les expériences fondamentales du don, de la gratuité et fait également valoir que, sans un sens du bien commun, le marché risque d’avoir de graves conséquences pour l’homme. Ici encore, « la justice doit se rapporter à toutes les phases de l’activité économique […] puisque toute décision économique a une conséquence d’ordre moral. » (n° 37)

Le quatrième chapitre allègue que la reconnaissance et le partage de devoirs réciproques sont un plus puissant encouragement que la simple affirmation des droits. « Avoir en commun des devoirs réciproques mobilise beaucoup plus que la seule revendication des droits. » (n° 43) Cela passe aussi par un meilleur ajustement entre éthique et économie. Le pape, en effet, revient sur ce thème ancien, en renforçant son ancrage anthropologique : « Pour fonctionner l’économie a besoin de l’éthique ; non pas d’une éthique quelconque, mais d’une éthique amie de la personne. » (n° 45) « La raison économique elle-même » doit se fixer pour objectif de faire comprendre aux différents acteurs qu’un progrès purement économique ne correspond à ce qu’on peut attendre d’un véritable développement humain. Cela doit aussi se manifester notamment dans des politiques qui promeuvent la centralité de la famille, la solidarité envers tous et la protection de l’environnement.

La collaboration humaine est au centre du cinquième chapitre dans lequel le pape appelle l’humanité à redécouvrir qu’elle est une. « Le développement des peuples dépend surtout de la reconnaissance du fait que nous formons une seule famille qui collabore dans une communion véritable et qui est constituée de sujets qui ne vivent pas simplement les uns à côté des autres. » (n° 53) C’est toute l’importance de la relation, autre thème majeur qui parcours l’ensemble de l’encyclique et qui se présente comme incontournable pour lire la condition humaine et les voies à suivre pour aboutir à un authentique développement intégral de la personne et de l’humanité. Cela d’autant plus que « la révélation chrétienne de l’unité du genre humain présuppose une interprétation métaphysique de l’humanum où la relation est un élément essentiel » (n° 55). Cela implique nécessairement de considérer la coopération entre les peuples comme une dimension vitale d’un véritable développement, avec en particulier, le principe classique de subsidiarité comme moteur et cela jusque dans les structures économiques. Benoît XVI en appelle alors à l’urgence d’une réforme de l’Organisation des Nations Unies comme celle de « l’architecture économique et financière internationale » (n° 67).

Dans le dernier chapitre, Benoît XVI s’attache au lien entre le développement des peuples et la technique. Il déplore ainsi que le progrès des peuples soit envisagé uniquement sous l’angle technique. Il exprime cette forte interpellation : « Le développement des peuples est souvent considéré comme un problème d’ingénierie financière, d’ouverture des marchés, d’abattements de droits, d’investissements productifs et de réformes institutionnelles : en définitive comme un problème purement technique… Cependant, le développement est impossible s’il n’y a pas des hommes droits, des acteurs économiques et des hommes politiques fortement interpellés dans leur conscience par le souci du bien commun. » (n° 71)

Comme ses prédécesseurs, loin de sortir de sa mission en évoquant les difficultés sociales, économiques, politiques et culturelles au sein desquelles se déroule l’actuel processus de mondialisation, Benoît XVI entend bien l’assumer jusqu’au bout et maintenir vive la flamme de l’humanisme chrétien et de son espérance.

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